Puis l'assourdissant vacarme cessa et laissa place au silence.
Je su tout de suite que je l'aimais, ce silence. Doux, reposant, léger...
Quelques mèches de mes longs cheveux blonds se perdaient contre mon visage et une couche de poussière semblait avoir élue domicile sur ma douce peau blanche. Ma gorge au début en feu semblait peu à peu se rafraîchir et mes membres qui étaient douloureux il y a encore quelques instants paraissaient aussi légers qu'un petit sac en toile remplis de plume. J'étais bien, étendue là sur le sol, à profiter de ce silence si agréable. Les oiseaux chanteraient que je ne m'en étonnerais pas. Pourtant il n'y avait aucun oiseau dans les parages depuis bien longtemps. Je fermai un instant les yeux, goûtant à ce moment de calme. J'eus un sourire en sentant la paume d'une main contre la mienne. Je tournais la tête et mon sourire s'élargit alors que je contemplais le visage endormit et serein de mon papa qui reposait tout près de moi. Maman ne devait pas être loin, et mon petit frère Rudolf devait être avec elle. Peut être qu'ils dormaient tous les deux comme papa à mes côtés. Je me demandai alors de quoi ils pouvaient bien tous rêver. Moi, si je devais faire un rêve, il n'y a aucun doute que j'y verrais dedans un prés. Oui, un pré avec des marguerites. Et du soleil. Un pré loin, très loin de la ville. Un endroit loin des sirènes, des bombes, de la Guerre. Papa m'a vaguement parlé de la Guerre. De ce que j'en ai retenu, la Guerre, c'est pas bien. C'est laid. C'est moche. Et puis c'est bruyant. Et surtout ça sert à rien. Enfin si, à nous faire rater l'école à cause de la menace des « bombes armement » - drôle de nom d'ailleurs. Mais la Guerre c'est vraiment moche, et ça pu. Ca fait mal aux oreilles, ça fait peur aux adultes et du coup nous aussi on a peur. On ne sait pas vraiment de quoi d'ailleurs. Peut être de ces choses qui tombent du ciel la nuit. Y'a le bruit des sirènes, puis c'est le vacarme. Maman et Papa qui viennent nous chercher dans nos chambres à Rudolf et moi, puis nous emmènent dans la cave profonde des voisins. Et puis on attend. Parfois toute la nuit, parfois moins. Ca dépend du bon vouloir des sirènes. Et puis des fois c'est en plein jour, mais c'est plus rare il faut l'avouer. Comme aujourd'hui. D'ailleurs il faisait beau, aujourd'hui. Enfin ça c'était avant. Parce que maintenant, je ne vois plus le soleil. Il fait tout gris. Et ce gris me donne envie de tousser et de là où je suis-je ne vois pas bien loin. Heureusement que Papa est là. S'il dort, c'est qu'il n'y a plus raison d'avoir peur. Ca me rassure un peu. Parce qu'il y a encore quelques minutes, j'ai cru que mon c½ur allait sortir par ma bouche. Je sais pas si votre c½ur vous a déjà fait le coup, mais je peux vous jurer sur la tête de ma poupée que ça fait mal ! En fait, je crois que j'ai eu la peur de ma vie. Je courrais sur le trottoir, la main dans celle de Papa, et le bruit des sirènes était assourdissant. Nous avions été pris par surprise alors que nous étions allés rendre visite à des amis de Papa deux rues plus loin de chez nous et apparemment il fallait rejoindre un abris au plus vite. Puis il y a eu ce sifflement et ensuite cette lumière aveuglante. J'ai eu mal, et puis le silence a succédé au vacarme. Et voilà où nous en sommes. Papa dort, et moi j'essaye de donner des formes aux nuages. Sauf qu'il n'y en a pas. De toute façon il n'y a pas de ciel, juste ce gris opaque qui me donne envie de tousser. Mais à part ça, je me sens bien et étrangement légère. Ma respiration se fait de plus en plus lente, et mes idées de moins en moins claires. Je crois que je vais finir par m'endormir comme Papa. Ce serait le mieux de toute façon. Je me rappel que lorsque je ne voulais pas faire la sieste, Papa se fâchait tout rouge. Et j'ai pas envie qu'il se fâche. Je veux le laisser dormir, il a l'air si serein et loin, loin de cette Guerre qui pu la poussière. Je devrais peut être fermer les yeux... rejoindre mon pré, mes marguerites. Rejoindre Papa, Maman et Rudolf. On fera un pique nique sur l'herbe du pré. Avec du bon pain, des ½ufs, des fruits et des légumes de toutes sortes, et puis en dessert on mangerait quelque chose de sucré ! Le sucre, ça me manque ! Oui, ils sont sûrement déjà là bas à m'attendre ! Attendez moi, j'arrive !
Dans une petite ville d'Allemagne à la fin de l'année 1943, une petite fille ferme les yeux pour l'éternité...
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Ps:
ce sont d'autres personnages évidemment,
Mais l'époque et la situation sont les mêmes...
Bon courage pour tout lire x)
"Quand la Mort vous raconte une histoire,
Vous avez tout intérêt à l'écouter =) "
